La Platé: F. Deschamps clôture en beauté

Castres : A La Platé, Frédéric Deshamps clôture en beauté le festival des orgues

Un concert tout entier consacré à la musique baroque, c’est le pari réussi par Frédéric Deschamps à qui revenait l’honneur de clôturer le festival des Amis des orgues de la paroisse Sainte-Emilie de Villeneuve. Trois compositeurs étaient convoqués pour ce voyage musical : Georg Fiedrich Haendel, Jean-Philippe Rameau et Jean-Sébastien Bach.

Le flamboyant Georg Fiedrich Haendel : Tout l’éclat des fastes royaux transparaît dans le célèbre Water music, musique composée par Haendel à l’occasion d’une fête sur la Tamise, organisée par la monarchie britannique. Frédéric Deschamps nous projette dans cet univers majestueux et coruscant avec notamment cet Alla Hornpipe qui fait sonner avec bonheur les cuivres de l’orgue Kern de la Platé, tranchant avec les airs précédents empreints de douceur et de sérénité. Un déploiement somptueux d’accords tout en cascades et en grondements ; comment ne pas penser aux grandes fêtes et spectacles nautiques donnés par Louis XIV au château de Versailles ? Le concerto pour hautbois déroule ses trilles et mouvements joyeux après une entame grave et solennelle pour revenir à un tempo plus calme ; la phrase musicale revient en eaux tranquilles et calmes ; l’onde se fait étang. Quel final dans l’allegro qui nous fait entrer dans le cours d’un torrent fort de ses jaillissements impétueux !

Avec Rameau, on découvre les Indes :  Changement de style avec Jean-Philippe Rameau qui nous fait entrer dans le monde de l’opéra français, très en vogue à la cour de France depuis son introduction par le compositeur Jean-Baptiste Lully. C’est un retour à la musique française qui nous replonge dans les fastes de Versailles. Jean-Philippe Rameau, bien qu’organiste dans plusieurs tribunes, Clermont,  Dijon, Lyon, n’a pas laissé d’œuvres pour orgue, seulement  des œuvres pour clavecin comme son compatriote François Couperin ; il a également composé des opéras-ballets, des tragédies et comédies lyriques. Sa chaconne des Indes Galantes renoue avec la tradition brillante des fêtes royales ; Polymnie fait une entrée en douceur, pour dissiper l’angoisse d’Abaris. Après cet air apaisé, voici la danse des Sauvages, extraite des Indes galantes ; les doigts de Frédéric Deschamps s’enflamment au contact du clavier et l’assemblée captive entre en trépidante vibration.

Jean-Sébastien, maître indépassé : Nous voici dans ce troisième temps, plongés dans l’œuvre considérable du Kantor de Leipzig avec une œuvre orchestrale transposée pour l’orgue ; Bach a beaucoup emprunté à son prédécesseur Dietrich Buxtehude, pour ses motets et ses morceaux pour orgue ; dans le concerto pour deux clavecins BWV 1061, il s’inspire de l’école italienne et de l’un de ses illustres représentants, Antonio Vivaldi. Ce dialogue joyeux des instruments est repris merveilleusement à son compte par Frédéric Deschamps, reproduisant le flot magique de notes inscrit dans l’éternité par un compositeur indépassé. L’adagio du concerto pour violon BWV 1042 introduit l’auditeur dans une supplication lancinante et pathétique, comme une imploration et un appel vers Dieu, fortement ressemblant de l’air « Erbarme dich » de la Passion selon St Matthieu.  Le chœur de la cantate de l’Ascension BWV 37 nous fait vivre la montée au ciel du Christ, accompagné par les anges. L’aria de la suite pour orchestre BWV 1068 a été moultes fois reprise par des compositeurs contemporains pour des adaptations  diverses (Procol Harum, Jean-Christian Michel, Jacques Loussier, Maurane, Sweetbox…) ; Frédéric Deschamps reprend cet air comme un bonbon qu’on déguste avec délice. L’allegro du concerto brandebourgeois BWV 1046 apporte une touche finale en hommage à la musique baroque.

Un bis éblouissant :  Ce concert baroque ne pouvait s’arrêter sans un étourdissant bis donné par Frédéric Deschamps. L’organiste de la tribune de Sainte-Cécile d’Albi a lâché les chevaux ou plutôt les tuyaux de l’orgue de ND de La Platé, livrant une improvisation autant majestueuse que festive dans ce temple de la musique, faisant ressortir toute la palette des sons de ce magnifique instrument, très prisé par les Castrais et par tous les mélomanes tarnais. Merci à Frédéric Deschamps. Merci aux Amis des orgues de la paroisse Ste-Emilie de Villeneuve pour avoir permis ces moments musicaux. Un merci tout particulier à sa présidente et interprète, Florence Jaud.

Pierre-Jean Arnaud

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *