Graulhet: Les mégissiers en chambre

Graulhet : La chambre syndicale des patrons mégissiers

Pour la 1ère fois de son existence, Cuir dans la peau a proposé aux participants de sa 10ème édition, la visite de la chambre syndicale des Patrons mégissiers. Celle-ci, autrefois domiciliée au domaine de la Rigaudié, a installé son siège dans des nouveaux locaux au 2 bis de la rue Carlac. François Roques double patron de Mégisserie du Midi à Graulhet et d’une unité de production à Marrakech, explique à la 15aine de visiteurs l’histoire de la Mégisserie. Il conta l’épopée du délainage qui fit de Mazamet le centre mondial de traitement des peaux de mouton avec un pic de 38 millions de peaux traitées en 1912 avec des comptoirs installés dans l’hémisphère sud :  Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande. C’est comme cela que l’on a pu dire : « Il y a des Mazamétains partout dans le monde ».  Ces peaux appelés cuirots ont trouvé un débouché pour la filière cuir dans la cité graulhétoise.

Marius Chabal : le pionnier des mégissiers

Le premier à profiter de cette aubaine a été Marius Chabal dont le père Désiré tenait un moulin sur le pont Ferran, exploité par cette famille depuis plusieurs générations. C’est alors qu’il a eu l’idée à partir de 1890, d’aller chercher des peaux à travers le monde ; à cette époque, pas d’avion, pas d’internet, pas de téléphone, les voyages duraient 6 mois. Profitant de l’essor de cette nouvelle industrie, Marius Chabal, implante son usine au bord de la rivière Dadou, recrutant plusieurs centaines d’ouvriers pour le traitement de ses peaux ; ses usines ont pu compter jusqu’à 600 employés. Ce patron était en avance sur son temps ; pour faciliter la paix sociale, il acceptait de rémunérer largement ses ouvriers, procurant des crèches pour les femmes de son entreprise ; c’est ainsi qu’il ne fut pas touché par les fameuses grèves de 1909. Il fit partir aussi 25 Graulhétois pour l’Amérique du sud afin d’y établir des contacts commerciaux. La chambre syndicale des Patrons mégissiers fut créée par ses soins au sein du domaine de la Rigaudié. Marius Chabal étant décédé sans héritiers, le domaine passa entre les mains de la Chambre syndicale des Patrons Mégissiers, où demeura son siège jusqu’en 2017.

L’eau, ressource essentielle : le barrage de Razisse et la station d‘épuration

Dans cette industrie, l’apport de l’eau est essentiel. Située sur le Dadou, la ville de Graulhet a longtemps usé et profité de cette ressource naturelle pour le traitement de ses peaux ; le travail à la rivière a constitué pour les milliers d’ouvriers qui se sont succédés un travail pénible et épuisant. Chaque mégissier créa un cloisonnement de la rivière pour disposer d’une retenue suffisante pour travailler les peaux ; mais il fallait pouvoir maintenir un étiage suffisant surtout lors de la période estivale. Les mégissiers sous l’impulsion de Marcel Vieux, ont donc projeté la création d’un barrage, celui de Razisse, situé sur la commune Terre de Bancalié, ce qui a permis d’assurer un niveau constant au Dadou. Pour traiter les effluents rejetés dans l’une des rivières les plus polluées d’Europe, les mégissiers ont aussi décidé en 1989 avec la ville, la construction d’une station d’épuration ; d’un coût total de 60 millions d’euros, elle fut mise en service en 1991 ; sa capacité a été calculée pour traiter l’équivalent de 300 000 équivalents/habitants. Un collecteur prend en charge les effluents de Montdragon à Briatexte. Les boues épandues reviennent à 150 € la tonne, tandis que leur incinération coûte 850 € la tonne.

Une industrie vivante malgré la crise

Même si la chambre syndicale a vu son importance diminuer à la suite du déclin de l’industrie des peaux, en raison de la part considérable du coût de la main-d’œuvre (à titre comparatif, le coût de l’heure chargée est de 50 € en France, contre 5 € au Maroc et 0,50 € en Chine.), la filière du cuir a Graulhet conserve une part non négligeable dans l’économie du territoire.  Réunis sous la bannière de la Maison des Métiers du Cuir, le territoire porte encore quelques fleurons de l’industrie et de l’artisanat : mégisserie du Midi, Joqueviel et Cathala, maroquinerie Serres, ateliers Fourès, Cuirs du Futur, Cuir en Stock, Trumpler, Mégisserie Icart, BFM, le Bandit Manchot, Vidalsport, FGM, Hiriar, Eureka… Plus d’infos : consulter le site qui semble non mis à jour de « Graulhet Le cuir »  https://www.graulhetlecuir.fr/adherents/   et celui de la mairie https://ville-graulhet.fr/decouvrir-graulhet/graulhet-capitale-du-cuir/quand-le-cuir-se-devoile-au-grand-public/ .

Pierre-Jean ARNAUD

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