
Préfecture : Aide à la viticulture tarnaise
L’abbatiale Saint-Michel a servi de cadre ce jeudi 15 octobre, à l’énoncé des mesures d’aides à la viticulture annoncées par le préfet Simon Bertoux. Celui-ci était entouré par le sous-préfet Vincent Ferrier, le président de la Maison de la Vigne et du Vin de Gaillac, Cédric Carcenac, sa directrice Caroline Granado, le président de la chambre d’agriculture Sébastien Bruyère, les deux co-présidents de l’AOC Vins de Gaillac, Nathalie Vayssette (Vignerons indépendants) et Pascal Pélissou (coopération), Anne-Marie Audureau, directrice des Finances Publiques.
Un contexte de crise structurelle
Pour Cédric Carcenac, le vignoble gaillacois subit de plein fouet une crise profonde, structurelle, à laquelle s’est ajoutée une conjoncture climatique défavorable : « Pourtant 2026 avait bien commencé, pas de gel pas de grêle ; aux pluies hivernales et printanières, a succédé une période de sécheresse qui a compromis le rendement de cette année ; la récolte 2026 a régressé de 30% par rapport à 2025. On est à – 50% par rapport à 2020, considérée comme une année normale. Le millésime 2026 devrait pourtant être un bon millésime à la fois pour les rouges et pour les blancs. ». Cédric Carcenac a insisté sur les 3 piliers sur lesquels s’appuyer pour surmonter la crise : l’eau, l’humain et le foncier. Pour l’eau, l’autorisation de l’INAO a permis depuis 2012 d’irriguer 400 ha d’IGP ; on attend la réponse pour les AOC en arrosage goutte à goutte. (200 m3/ha représentent 20 mm de pluie; 500 m3 représentent 50 mm de pluie. Pour l’humain, c’est toute la question de la transmission des exploitations et du renouvellement des viticulteurs. 4 jeunes se sont installés récemment. Pour le foncier, la vigne est un enjeu de l’aménagement du territoire ; l’agrivoltaïsme doit être encadré et l’oenotourisme développé. Avec cette perle gaillacoise de l’abbatiale St Michel qui date de 972, il est essentiel d’être combattif pour conserver cet écrin de la Maison de la Vigne et du Vin où cohabitent professionnels (pépiniéristes, vignerons,…), institutionnels et associations autour du vin. Il est essentiel aussi de préserver toutes les manifestations , fêtes et événementiels qui concourent à la renommée des vins de Gaillac fort d’un patrimoine de 5000 hectares à conserver à l’horizon de 2050.
Les mesures annoncées
Le préfet Simon Bertoux a évoqué lui aussi la crise structurelle de la viticulture avec la baisse de la consommation ; côté conjoncture, la succession d’années difficiles a mis à mal la trésorerie des exploitations. La 1ere réponse structurelle a été d’abord l’arrachage : 1000 hectares en 2025, 600 hectares en 2026. Une deuxième réponse est financière : il s’agit d’une compensation prélevée sur le fonds de réarmement agricole dont l’enveloppe totale est de 2,6 m€ pour le Tarn ; les 26 demandes déposées seront traitées prochainement. Une 2e aide et aussi possible pour les exploitations ayant perdu plus de 50% de leur production avec l’indemnité de solidarité nationale (ISN). Un dispositif de prêts à taux 0 serait aussi disponible pour accompagner les viticulteurs. Il y a aussi un dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB), si le taux de perte sur le revenu est supérieur à 40% ; les dossiers sont à déposer avant le 15 novembre pour un traitement dans les 10 à 15 jours à venir. Pour ce qui est de la lutte contre la flavescence dorée qui sévit notamment sur les parcelles de vignes en friches, après un dialogue avec les viticulteurs concernés, il pourra y avoir verbalisation.
Le mot du président de la Chambre d’agriculture : Sébastien Bruyère a reconnu que l’arrachage est un crève-cœur et que c’est la mois mauvaise solution pour cette crise. En soutien des agriculteurs, la Chambre d’agriculture a procédé à l’embauche d’un technicien de la viticulture. Ensuite, pour ce qui est de l’irrigation, Sébastien Bruyère a souhaité que l’on lève les freins notamment environnementaux sur les projets de retenues collinaires. Le préfet a promis de ne pas bloquer les projets en cours et de doubler le nombre de retenues. Pour ce qui est de l’agrivoltaîsme, Sbastien Bruyère a eu cette phrase forte : « L’agrivoltaïsme, on n’en parlerait même pas si les productions agricoles étaient rémunérées à leurs coûts. »
Maryline Lherm a défendu l’action du Département et son soutien constant aux agriculteurs du Tarn, notamment avec la présence aux côtés des viticulteurs du laboratoire départemental. Elle a aussi rappelé l’importance de l’oenotourisme dans l’économie viticole et dans l’économie en général ; c’est ainsi qu’a été organisé le 12e séminaire viti-vinicole consacré à l’oenotourisme. Le panneautage sera déployé d’ici la fin de l’année ; il permettra de repérer les viticulteurs susceptibles de recevoir des clients. En complément avec l’IFV, le département agit pour développer des cépages plus résistants. Le Département finance aussi à 80% les études pour les retenues collinaires. Il intervient à hauteur de 87 k€ pour l’oenotourisme en participant financièrement à la Fête des Vins.
Quelques chiffres-clés (source site Maison des Vins) : Superficie Vignobles : 6800 ha (2024) dont AOP Gaillac 3150 ha, IGP 2600 ha ; Rouges : 68%, Blancs 32 % ; 1100 ha en bio. Cépages rouges : Braucol, Duras, Prunelard, Syrah, Gamay. Cépages blancs : Mauzac, Len de l’ei (Loin de l’œil), Ondenc, Muscadelle, Sauvignon blanc, Chardonnay. Production annuelle : Rouges : 174 000 hl ; Blancs : 68 000 hl ; Rosés : 45 000 hl.
Pierre-Jean ARNAUD
