St Augustin passe aux aveux

Castres : conférence musicale de Gérard Charroin sur saint Augustin

 Le mercredi 5 août dernier avait lieu en la chapelle de l’Immaculée Conception du Couvent Bleu une conférence musicale sur saint Augustin avec le récitant Jacques Charroin. Les intervenants musicaux étaient Dominique Gibelin, soprano, Fanny Delori, violon, Florence Jaud, flûte traversière, Marc Tirel et Yves Gourinat à l’orgue. Le sujet en était les Confessions de Saint Augustin, philosophe chrétien et sans doute le plus grand écrivain de l’Antiquité tardive. Entrer dans les Confessions de saint Augustin, c’est comme rentrer dans la vie intime de l’écrivain, dans un dialogue de l’auteur avec ses lecteurs mais surtout dans un dialogue de l’auteur avec le divin.

La conférence en 8 phrases-clés

Préambule : Articulant sa conférence en 8 phrases-clés, le récitant a déroulé le cursus de la vie du docteur de l’Eglise : « Augustin parle en homme nu, fragile, cherchant la lumière de Dieu. » Né en 354 après Jésus-Christ à Thagaste (actuellement Souk-Ahras, ville située à l’est de l’Algérie près de la frontiére tunisienne), Augustin a en quelque sorte « formé l’âme de l’Occident, modelé nos sensibilités ». Jacques Charroin a zoomé sur la jeunesse d’Augustin qui dans ses épisodes de vie tumultueux, cherche à déceler les signes du Salut dans le mouvement de celui qui trébuche, se relève et espère. Musique : Jean-Sébastien Bach – Adagio 1ere sonate en trio BWV en mi bémol majeur. Flûte : Florence Jaud et orgue : Marc Tirel.

Laisse-moi te parler :   Augustin est un être qui implore Dieu ; toute sa vie d’Augustin se passe dans cette quête incessante de Dieu. « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose en toi ». « Laisse-moi te parler, laisse-moi te louer, car c’est à ta miséricorde que je m’adresse et non à un homme qui se rit de moi. ». Musique : Georg Friedrich Haendel – Air Tecum Principium HWV 232-3 du Dixit Dominus.  Soprano : Dominique Gibelin et Yves Gourinat :  orgue.

Est-ce cela l’innocence des enfants ? : « Puis, je suis entré dans la vie. D’abord, je fus accueilli par le lait de ma mère, le lait de mes nourrices. Mais le lait ne venait pas d’elles, mais de toi Dieu…Je commençais à rire dans mon sommeil…J’avais la connaissance des lieux où j’étais. Je lançai en désordre, gestes et cris, ces signes qui donnent le reflet de ma volonté. Quand je n’étais pas écouté, quand mon entourage n’était pas soumis à mes volontés, je me vengeai d’elles en pleurant. Est-ce cela qu’on appelle l’innocence des enfants ? Musique : Gaston Litaize (1909-1991) 20e prélude liturgique- Orgue : Marc Tirel.

Il faut baptiser les petits enfants : Tout enfant mérite d’être baptisé. « Je me suis mis à te prier, toi mon secours et mon refuge. Ainsi donc j’étais croyant. Ma mère aussi était croyante, mon père ne l’était pas. Une oppression de poitrine m’a frappé et ma mère souhaitait que je sois initié aux rudiments de la foi. Mais je repris vie et continuais à me souiller. Certains disaient : – Ce n’est pas grave de fauter quand on n’a pas été baptisé. Laisse-le faire, il n’est pas baptisé. » Pour la santé du corps, on ne dit laisse-le se blesser davantage, il n’est pas encore guéri. ». Musique : Antonio Vivaldi – sonate pour flûte RV 81. Soprano : Dominique Gibelin ; Flûte : Florence Jaud et Yves Gourinat :  orgue.

J’avais seize ans : « Evoquant le passé, je me rassasiais aux chemins du péché. J’aimais et j’aimais être aimé. Les brumes s’exhalaient des jaillissements de la chair et des frémissements de ma puberté. Mes études ont été interrompues. Proliférant au-dessus de ma tête, les sources du désir. Mon père aurait aimé avoir des petits-enfants. Les amours changeantes et sombres. Je pourrissais sous tes yeux ; je m’éloignais de toi et toi, tu laissais faire. J’aimais et j’aimais d’être aimé ». Musique : Jean-Sébastien Bach – Air    Wie freudig ist mein Herz BWV 199-8 ; soprano Dominique Gibelin et Yves Gourinat :  orgue.

J’ai volé des poires ! : « J’allais tête baissée comme un aveugle. J’avais honte d’être moins vil que mes copains. Ta loi, Seigneur, interdit le vol. Moi j’ai consenti à commettre un vol. Ce que j’ai volé, je l’avais en abondance. Ce que je voulais, ce n’était pas l’objet mais le vol lui-même, la transgression. Vauriens, nous en retirâmes une énorme charge de fruits, non pas pour nous régaler mais pour les jeter aux porcs. J’ai voulu un acte libre ; seul, je ne l’aurais pas fait. C’est une plaisanterie malsaine. Et voilà que l’on a honte d’avoir honte ». Musique : J-S Bach – prélude 1ere suite pour violoncelle seul en sol majeur BWV 1007-1- Orgue : Yves Gourinat.

Comme j’étais malheureux : « Je m’apprêtais à prononcer un discours pour l’empereur Valentinien. En traversant Milan, je remarquais un pauvre mendiant qui était joyeux. Que de souffrance en ce monde, alors que ce mendiant nous précédait dans le bonheur, dans la joie ! Lui était joyeux et moi, j’étais anxieux, lui dans la sécurité et moi dans le trouble ! »  Musique : J-S Bach – Air  Ich dein betrübtes Kind  BWV 199-6 – Dominique Gibelin, Soprano et Yves Gourina, orgue.

Prends et lis : « J’allais m’étendre près d’un figuier. Des larmes coulèrent. J’entends une voix venant de la maison voisine avec le refrain « Prend et lis ». Je refoule l’assaut de mes larmes et interprétant cela comme une injonction divine : tout ce que j’avais à faire, c’était d’ouvrir le livre et de lire le premier chapitre sur lequel tomberait mon regard. Je revins donc précipitamment vers l’endroit où j’avais posé le livre de l’apôtre Paul. Je le saisis, je l’ouvris et lus en silence le premier chapitre sur lequel tombèrent mes yeux : « Plus de ripailles ni de beuveries ; plus de luxures ni d’impudicités ; plus de disputes ni de jalousies. Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ et ne vous faites pas les pourvoyeurs de la chair dans les convoitises. » Aussitôt la phrase terminée, ce fut comme une lumière de sécurité infuse en mon cœur, dissipant toutes les ténèbres du doute. Enfin, je sus… comme au moment où tu m’avais montré à ma mère autrefois ». Musique : Antonio Vivaldi – Sonate pour flûte RV 81. Violon : Fanny Delori ; Flûte : Florence Jaud et Yves Gourinat :  orgue.

Où es tu mon Dieu ?  « J’ai interrogé la terre et elle m’a répondu : – Je ne suis pas ton Dieu . J’ai interrogé la mer et ses abysses et elle m’a répondu : – Je ne suis pas ton Dieu . J’ai cherché au-dessus de nous ; j’ai interrogé alors le ciel et les étoiles et ils m’ont dit : – Je ne suis pas ton Dieu . Et je me retournai vers moi-même, et je me suis dit : Et toi, qu’es-tu ? Et j’ai répondu : « Homme. » Toi mon Dieu, tu es plus à l’intérieur de moi-même que moi-même. Tu es plus haut que les cimes de moi-même. Viendra le 7e jour qui ne connaît pas le soir et n’a pas de couchant. Nous aussi, nous nous reposerons en toi mon Dieu. Et Toi mon Dieu, tu te reposeras en nous ! » Musique :JS Bach : Largo du concerto à 2 violons BMW 1043. Violon : Fanny Delori ; Flûte : Florence Jaud et Yves Gourinat :  orgue.

Cette conférence fut comme un baume de fraîcheur nous entraînant dans un voyage à travers la vie de ce grand penseur qu’est Saint Augustin, dans l’atmosphère recueillie du Couvent bleu. On pouvait dire en conclusion sur le mode augustinien : « Musique, ô sublime vecteur et transport de mon âme, tu m’entraînes vers Dieu et c’est toi que j‘acclame, Mon Seigneur et mon Dieu ; c’est toi que je révère. Je m’élève vers toi et point ne désespère ».

Pierre-Jean Arnaud

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