Cinéfeuille: rando sur les rives du Tarn

Gaillac :  17e édition de Cinéfeuille – une rando sur les rives du Tarn

Sonia Servant CAUE, Mélanie Marques et Nicolas Salvetat du CPIEE, Jean Marc Ferrandon  de l’Archéosite de Montans et Yoan Icher  du Syndicat mixte de rivière Tarn, ont accompagné  les randonneurs et concouru par leurs commentaires pertinents à la richesse culturelle et naturelle de cette 17e randonnée paysagère. L’implantation humaine aux abords du Tarn est importante ; de nombreuses villes s’y trouvent : Albi, Gaillac, Lisle, Rabastens, Saint-Sulpice. C’était une rivière navigable autrefois, axe commercial qui a permis notamment le développement des domaines viticoles. Les randonneurs de Cinéfeuille ont emprunté les deux rives du Tarn ; rive gauche de Montans à Lisle le matin et rive  droite  de Lisle à Lastours, l’après-midi. Le trajet s’est déroulé entre plaine et coteaux, dans un site de vignobles et céréales.

Jean-Marc Ferrandon : Montans et la poterie

Montans est situé en surélévation entre 30 à 35 m au-dessus du Tarn ; la rivière a donc un lit très encaissé ; il y a aussi un autre ruisseau torrentueux, le Rieutort, qui a incisé les substrats et les matières comme les roches détritiques, avec un creusement de 25 à 30 m. A Montans, on est sur un oppidum. Montans a perduré dans le temps, car il y avait aussi de l’argile; la mollasse se détériore et devient de l’argile ; avec cette argile, on fabrique de la céramique. La production remonte entre 600 à 700 avant Jésus-Christ ; tout d’abord une production locale, qui a trouvé des marchés plus lointains, grâce à cet accès au Tarn. On part sur Lisle-sur-Tarn. La navigation sur le Tarn s’effectue à partir de Montans, point de rupture de charge. On navigue jusqu’à Montans ; puis on décharge ; d’où l’importance stratégique de Montans qui devient un centre de pouvoir. On a retrouvé des bijoux en or faits par les Gaulois : une torque. A l’époque romaine, il existe une grande province la Narbonnaise qui part du Lauragais jusqu’aux abords de Marseille, tenue par les Grecs. Quand les Romains sont en Gaule en 52 avt JC, les Gaulois sont déjà à moitié gallo-romains, car ils ont commercé avec les Romains ; ils ont échangé des amphores. Les amphores sont expédiées en Angleterre, en Espagne. Les  Romains dans leur gouvernance ont maintenu les élites et les cultures locales. Pour ce commerce et la fabrication de la céramique, il y a tout sur place : le bois, l’argile, la rivière Tarn, la main d’œuvre. Avant l’arrivée des Romains, les Gaulois avaient leur propre mode de cuisson de la céramique ; les fumées rentraient dans le four et on en sortait de la céramique noire.

Avec les Romains, on produit de la céramique sigillée ; elle n’a pas ce côté noir, car les fumées sont évacuées vers l’extérieur. La céramique sigillée est une terre cuite, avec des motifs en relief ; elle est recouverte d’un vernis brillant ; elle est dite « sigillée » qui provient du mot latin « sigillum »,  le sceau apposé par le potier à l’aide d’un poinçon avant la cuisson. On a retrouvé des fosses où sont jetées les vaisselles cassées ; on a retrouvé les marques des poinçons ; chaque potier signe sa production. Chaque personne est à la tête d’un plan de production. Des fours gigantesques permettent de cuire de 10 à 15 000 pièces à la fois. Il y a des formes évolutives que l’on peut dater à 10 ans près jusqu’aux 150-200 premières années de notre ère à Montans. A partir de la fin du 2eme siècle, la production s’effondre ; on ne produit plus rien. Est-ce dû à un effet de mode ? On constate que des ateliers se sont montés plus au Nord. Les vaisselles dites de semi-luxe sont abandonnées, contrairement aux ateliers de verrerie qui maintiennent une production d’excellence.

Station d’épuration de Montans par Yoan Icher

Yoan Icher est technicien au syndicat mixte de rivière Tarn, chargé du diagnostic et de la gestion des cours d’eau. Il explique le fonctionnement de la station d’épuration de Montans, inaugurée le 27 octobre 2012, par Josiane Chevalier, l’ancienne préfète. La station permet de filtrer naturellement les substrats dans les bassins de décantation à l’aide de plusieurs couches de sable et de graviers où sont plantés des roseaux. La station fonctionne pour une population de 300 équivalents-habitants.

La faune et la flore par Mélanie Marquès et Nicolas Salvetat

On est présence d’une flore de lisière de forêt ; avec des plantes comme l’armoise sauvage dont les propriétés sont une meilleure régulation des cycles féminins mais abortive à haute dose ; on peut voir aussi l’origan, la marjolaine et la menthe. Pour ce qui est des arbres ou arbustes, vous apercevez des frênes, -savez-vous qu’on peut préparer une boisson pétillante à base de feuilles de frêne, appelée la frênette ? Voyez le sureau noir caractéristique avec ses ombelles prisées pour faire un apéritif ou de la limonade. L’aubépine est aussi comestible ; la farine de ses fruits peut entrer dans la production de biscuits.

La navigation sur le Tarn

Le Tarn est une rivière qui prend sa source dans les monts Lozère à 1500 mètres d’altitude pour se jeter dans la Garonne à Moissac, après un cours de 380 km. Il coule toujours dans un canyon encaissé de 30 à 35m, creusant son lit dans des roches métamorphiques. A Saint-Juéry, Arthez, une cascade naturelle est visible : c’est le saut du Sabo, qui partage le Tarn amont et le Tarn aval. La durée de navigation sur depuis Gaillac jusqu’à Bordeaux est de 8 jours ; pour la remonte, le délai est de 3 semaines. Les gabarres sont des bateaux à fond plat avec une rame, un mat, une voile ; les bateaux peuvent amener jusqu’à 8m3 de charge ; ces bateaux sont souvent démontés  à leur arrivée et le bois est réutilisé. Les marchandises transportées sont à la descente : du vin du Gaillacois en barriques frappées au nom du coq, du charbon, du bois (merrain) de la forêt de Grésigne, du blé de l’Albigeois, du pastel des poteries. A la remontée, les bateaux transportent des draps, des teintures, du poisson, des épices…Le débit du Tarn est extrêmement variable de 8 m3 en période d’étiage à 3500 m3 lors de la grande crue dévastatrice de 1930. La navigation fluviale cesse à la fin du IIe empire avec l’arrivée du chemin de fer en 1864 à Albi.

Lisle sur Tarn : Lapérouse, La place à couverts et la fontaine ouvragée de Grifoul

Arrivés à Lisle-sur-Tarn, un pont situé à l’entrée du village amène rive droite. Une statue du navigateur Galaup de Lapérouse est juché en haut d’une colonne.  Une incursion rapide sur les berges permet d’évoquer le port maçonné qui a disparu avec la retenue d’eau de la centrale hydraulique. Les randonneurs passent à côté de l’église Notre-Dame de la Jonquière pour se restaurer ; le pique-nique leur permet de déguster le vin du château de Lastours, point où doit aboutir la randonnée. « Lisle-sur-Tarn explique Sonia Servant du CAUE, est une bastide datant de la fin du XIIIe siècle ; elle est construite de façon orthogonale à partir de la place centrale, dite place à couverts ou place Paul Saissac. Cette place recèle une fontaine remarquable avec sa vasque ouvragée en plomb,  la fontaine de Grifoul qui doit faire l’objet d’une prochaine restauration : personnages religieux, fleur de lys et croix du Languedoc y voisinent.

Le château de Lastours et son chai remarquable

Une croix du Languedoc que nous retrouvons finement dessinée dans la pelouse du Jardin devant le château de Lastours où les randonneurs pénètrent, en arrivant de Lisle-sur-Tarn. Louis de Faramond, propriétaire des lieux, conte l’histoire de la demeure de Lastours ainsi que celles de ses ancêtres. Puis il fait visiter le jardin à la française situé derrière le château à l’aplomb du Tarn ; celui-ci comporte deux symboles royaux : la fleur de lys et la croix de Saint Louis. La visite se termine par une incursion dans le remarquable chai aménagé autrefois pour recevoir la vendange ; celle-ci transitait par des ouvertures dans le plafond. Louis de Faramond retrace alors avec passion tout l’historique de la vinification, depuis les différents cépages plantés à Lastours jusqu’aux supports de fabrication et de stockage du vin: foudres de bois, cuves en ciment, en résine et en inox.

Pierre-Jean Arnaud

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